Pierre-Yves Caër Gallery, Paris

Exposition du 17 mai 2018 au 16 juin 2018


Reiko Koga, Un fil immaculé


La Galerie Pierre-Yves Caër présente du 17 mai au 16 juin 2018, Un fil immaculé, une exposition sur le travail de broderie de l’artiste japonaise Rieko Koga.

À travers ses broderies, Reiko Koga porte une réflexion sur le temps. Son fil est semblable à celui des Parques, les trois déesses de la mythologie qui tissent le fil du temps et décident du destin des hommes, pour finalement le couper. Allégorie de la vie, ce fil brodé reflète son vécu. Inspirée du Sashiko, méthode de couture traditionnelle japonaise, ainsi que des Senninbari qui portent courage, chance et protection, l’artiste puise dans les sources culturelles de son passé. Du tissu, un fil et une aiguille, ces outils élémentaires lui suffisent pour s’exprimer et nous faire découvrir ses origines. Les fils utilisés sont essentiellement noirs, le résultat est sobre et détaillé, une simplicité qui accentue la dimension poétique et sensible de son travail.

Dans Passé-Présent-Futur, une broderie sur lin de plus de trois mètres plane face à nous. L’artiste part de ses émotions pour créer cette graine surdimensionnée qui s’enracine dans le tissu et laisse échapper ses semences, lesquelles donneront naissance à une nouvelle graine. Ces fils brodés et coupés se suivent comme la multitude d’instants qui confectionnent ensemble le cycle de la vie. Cette conception cyclique du temps est retrouvée dans la religion bouddhiste. En se rapprochant, nous pouvons découvrir une première épaisseur de fils bruns légèrement recouverte des fils noirs et sombres. Les deux nuances se contrastent comme le reflet d’une période différente que l’artiste a vécu durant l’année de création. En faisant le tour, le revers de l’oeuvre nous offre une nouvelle version : la partie que Reiko Koga veut laisser paraître s’oppose avec ce qu’elle veut cacher du regard des autres.

Ses broderies émergent de l’instant présent, où les sensations de l’artiste reflètent sa sensibilité, sa rage ou ses peurs. Nous sommes plongés dans les impressions sensorielles procurées par ses oeuvres : les points noirs irréguliers dans l’oeuvre Gouttes de joie se joignent au souvenir sonore du clapotement de la pluie. Cette pensée apaisante est peu à peu remplacée par nos inquiétudes sur le futur : le rouleau accroché au plafond dans Futur Diary, dont le tissu se débobine, laisse apparaître les craintes et questionnements de l’artiste. Cette oeuvre, qui met fin à l’exposition, est comparable au temps qui se déroule infiniment. En suivant le cheminement du tissu, la tête levée vers le ciel, nos propres interrogations surgissent face à cette oeuvre dont la grandeur nous dépasse.

Texte : Marilou Mercier

Crédit Visuel : Rieko Koga, Rain shower, 22,5 x 16 cm, Broderie à la main sur lin, 2017