Pierre-Yves Caër Gallery, Paris

Exposition du 19 avril 2018 au 12 mai 2018


Fragments d'Atelier, Shinya Nakazato


Du 19 avril au 12 mai, la galerie Pierre Yves Caër présente les œuvres de Shinya Nakazato, artiste japonais, dans une exposition intitulée Fragments d’Atelier (2009-2018). 

Au loin, au coin de la galerie, un rapide coup d’œil et nous sommes déjà absorbés par les œuvres de de Shinya Nakazato, magnétiques et auréolées de mystère. Sur une toile de plus d’un mètre de hauteur, se dessinent des formes indistinctes, floues et flottantes. Dans des teintes claires aux mille nuances de blancs bleutés, des courbes sinueuses ondulent tout en se noyant dans les lignes obliques. La composition opaline est maculée d’une courbe verticale bleu marine. Elle dénote vivement par sa teinte sombre et son galbe net, au milieu du désordre incolore, tacheté d’ombres nuageuses, qui suggèrent un relief vaporeux. Pourtant, vague à l’œil, notre regard papillonne, ne sachant où s’amarrer parmi ces formes sans francs contours, qui semblent indiquer comme seule direction le jet d’ancre, la dérive, pour pénétrer l’univers onirique et déconcertant de Shinya Nakazato.

Car, face à ces tableaux insaisissables, nos yeux n’ont d’autre choix que de faire le premier pas. Pas vers l’avant, s’avancer, pour y regarder de plus près. L’œuvre, alors se métamorphose, l’image se transforme, plus incertaine encore, mais révèle sa matérialité, là ou elle apparaissait brumeuse et éthérée. Le brouillard se dissipe, en partie, laissant entrevoir sa consistance. En réalité, Shinya Nakazato use de deux techniques : la photographie et de la peinture, de façon à créer une superposition d’effets qui les rassemblent. Il photographie des Fragments d’Atelier, dans lesquelles il a apposés des peintures qu’il a réalisées : des abstractions captivantes, capturées par l’appareil. Mais la peinture est également ajoutée, recouvrant le cliché imprimé. Les propriétés de l’image sont reconfigurées : texture, lignes directrices, contraste, luminosité, sujet. Loin de la retouche Photoshop, la touche de l’artiste floute les formes dans un velouté laiteux, nous rendant le motif figuratif d’autant plus lointain. L’atelier se pare d’une couche supplémentaire de mystère et se cache derrière la matière picturale. 

Notre œil ayant goûté au fruit de la connaissance, peut-être est-il temps de reculer pour mieux entrer, et accepter de regarder, sans tout sa-voir. Alors, comme dans un rêve, les murs blancs de l’atelier se meuvent et se mettent à onduler. La virtualité de cet intérieur devient possible : un drapé est peint, tandis qu’une coulure de peinture est suspendue au mur. Les rouleaux de papier se déroulent et l’ensemble de ce mouvement irréel inspire un calme doux et profond. L’image apparaît confortable, moelleuse comme un cumulus, et onctueuse comme une crème chantilly. Le flou n’est plus affolant, il arrondit les angles, transforme le carrelage froid en coussin frais et le tableau en pierre de lune.

L’atelier, motif incontournable des peintres de Johannes Vermeer à Gustave Courbet est ici revisité. Ni peintre, ni modèle, ni œuvre discernable, celui-ci est déserté. Seul s’en dégage l’atmosphère, l’air créatif qui s’y respire. Et ainsi, entre ses quatre murs, est-il la porte ouverte au monde entier. 

Texte : Elodie Réquillart

Crédit visuel : Shinya Nakazato, Sans titre (n°120), acrylique sur impression jet d’encre, 120 x 100 cm 2017