Les Bas-fonds du Baroque. La Rome du vice et de la misère

Les Bas-fonds du Baroque. La Rome du vice et de la misère


Exposition du 24 février au 24 mai 2015
Petit Palais, Paris

Au XVIIe siècle, Rome n’était pas que splendeurs et fastes palais de la Papauté ! L’exposition Les Bas-fonds du Baroque. La Rome du vice et de la misère actuellement présentée au Petit Palais dévoile le visage trivial, rustre, prosaïque et souvent obscène de la Ville Eternelle.

Tous les chemins mènent à la débauche romaine ! Bienvenue au temps des excès peinturés par des artistes de tous les horizons. Du français Simon Vouet à l’espagnol caravagesque Jusepe Ribera en passant par le néerlandais Pieter van Laer, et évidemment les italiens Bartolomeo Manfredi, -Giovanni Lanfranco ou Salavator Rosa, les plus grands peintres baroques se sont illustrés dans l’art du «  beau idéal » mais aussi celui de la transgression.

Dans l’antre des tavernes, les vapeurs d’alcool exaltent les passions et les dérives.  Libérées de toutes convenances, des buveries licencieuses se tiennent en l’honneur de Bacchus. Le dieu antique est considéré comme inspirateur de la création qui en pressant le raisin directement de sa main, en fait jaillir le vin débarrassant l’homme de ses maux. Un geste figuré par Bartolomeo Manfredi dans son huile sur toile Bacchus et un buveur réalisé vers 1621.

Le dévergondage fédère les hommes des nations européennes à l’instar des «  oiseaux de la bande », nom que s’attribuent les jeunes Bentvueghles, artistes hollandais et flamands, qui réunis dans les tavernes romaines, se livrent à des rites dionysiaques pour l’admission d’un nouveau membre. La célébration du baptême se déroule dans les flots du vin propices à l’attribution de surnoms moqueurs. Pieter Van Laer est alors nommé Bamboccio, c’est-à-dire le « pantin » en raison de sa taille difforme.

Les femmes n’en sont pas moins épargnées. Sulfureuse diseuse de bonne aventure ou vieille sorcière rebutante, la gente féminine est dotée de sciences occultes et de pouvoirs magiques. Elles s’illustrent dans l’exercice de leurs savoirs. Dans La diseuse de bonne aventure de Simon Vouet, les charmes de la voyante distraient l’homme qui se fait subtilement dérober le contenu de sa poche par une rombière qui regarde le spectateur et lui adresse le geste de la fica. Ce jeu de main vulgaire et insultant, ancêtre du doigt d’honneur version féminin, devient le sujet principal d’une huile sur toile anonyme, Homme faisant le geste de la fica (vers1615-20), où dans un cadrage très serré, un homme plaçant son pouce entre l’index et le majeur, le projette droit devant nous. Derrière cette insolente provocation, c’est surtout le message du peintre qui peut se percevoir : par la virtuosité de son savoir-faire, il trompe et manipule le spectateur du bout de son pinceau !

Il nous emmène aussi bien dans la magnificence de la Rome baroque que celle de la misère où les mendiants croisent sur leurs chemins les prostituées et les bandits, où à l’ombre des beaux quartiers s’érigent un théâtre populaire enclin aux rixes, aux viols et à une vie dissolue multi facettes.

Traversez les portes du Petit Palais et laissez-vous transporter dans les Bas-fonds du XVIIe siècle jusqu'au 24 mai.

 

Texte : Anne-Laure Peressin

 

Crédit visuel : Bartolomeo Manfredi, Bacchus et un buveur, vers 1621 Huile sur toile, 132 x 96 Rome, Galleria Nazionale di Arte Antica in Palazzo Barberini © Soprintendenza Speciale per il Patrimonio Storico, Artistico ed Etnoantropologico e per il Pollo Museale della città di Roma