New Frontier IV, Fastes et fragments. Aux origines de la nature morte américaine

New Frontier IV, Fastes et fragments. Aux origines de la nature morte américaine


Exposition du 05 février au 27 avril 2015
Musée du Louvre, Paris

Dernier épisode du partenariat New Frontier qui lie le musée du Louvre, le High Museum of Art, le Crystal Bridges Museum of American Art et la Terra Foundation for American Art, l’exposition « Fastes et fragments. Aux origines de la nature morte américaine » se penche sur l’essor de la nature morte aux Etats-Unis au XIXe siècle. À la suite des expositions consacrées au paysage, à la peinture de genre et au portrait, New Frontier IV permet à nouveau d’enrichir le dialogue autour de la peinture américaine.

Rassemblant dix oeuvres issues des collections des quatre institutions partenaires, cette dernière édition illustre, comme les précédentes, la façon dont les peintres américains, tels Raphaelle Peale, Martin Johnson Heade ou William Michael Harnett, ont adapté les modèles européens à leur époque et à leur pays, participant ainsi à l’émergence d’une voix nationale.

En dépit d’une tradition vieille de plusieurs siècles en Europe, la nature morte émerge tardivement aux États-Unis. C’est au cours du XIXe siècle, grâce à de profondes mutations politiques, économiques et sociales, que le genre gagne en popularité. Un nouveau type de commanditaires apparaît, désireux de représenter leur fortune à travers certains objets symboliques. Raphaelle Peale, le premier, s’illustre par une production austère et efficace où les produits cultivés en terre d’Amérique se trouvent mis en valeur.

La nature morte américaine s’inspire longtemps des codes stylistiques européens. Avec l’évolution du rapport au luxe, les compositions s’enrichissent et les sujets se diversifient. Après la guerre de Sécession cependant, la nature morte américaine revient à des sujets plus nationaux et le symbolisme intervient pour affirmer certaines valeurs morales spécifiques ou critiquer le matérialisme prégnant dans la société américaine à l’époque, comme dans Small Change de John Haberle.

Présentée au Louvre à partir du 5 février 2015, l’exposition-dossier « New Frontier IV. Fastes et fragments. Aux origines de la nature morte américaine » rejoindra ensuite le Crystal Bridges Museum of American Art à Bentonville, Arkansas (16 mai - 14 septembre 2015) puis le High Museum of Art à Atlanta, Géorgie (26 septembre 2015 - 31 janvier 2016).

 

L’émergence de la nature morte américaine

Genre peu valorisé selon les hiérarchies académiques européennes, la nature morte a connu des débuts assez confidentiels aux Etats-Unis. Les peintres du Nouveau monde lui préfèrent le portrait ou le paysage, qui suscitent davantage l’intérêt des commanditaires, comme l’ont montré les précédentes expositions.

Au tout début du XIXe siècle, le développement de l’économie américaine permet l’émergence d’une nouvelle catégorie d’acheteurs, amateurs de représentations d’objets évoquant leur vie quotidienne et leur succès. Vers 1813, Raphaelle Peale peint Corn and Cantaloupe : empruntant à l’Europe les codes traditionnels de la nature morte, il les adapte à son public pour partager sa vision de l’abondance américaine. Melon cantaloup, patate douce et maïs évoquent les grandes plantations, en particulier celle du premier propriétaire du tableau, le Dr Benjamin Lee, dans le Maryland.

 

Le naturalisme du milieu du siècle

Si la nature morte est d’abord accueillie avec hésitation, elle s’épanouit pleinement vers le milieu du siècle. Les sujets deviennent plus luxueux : aux fruits et légumes viennent s’ajouter fleurs et gibier, reflétant l’évolution des goûts liée à l’accroissement de la richesse et de la production industrielle.

Avec l’émergence de collectionneurs fortunés et curieux des natures mortes hollandaises du siècle d’or, des artistes comme Martin Johnson Heade (1819-1904) se font une spécialité de peintures particulièrement élaborées au symbolisme subtil. Still Life with Apple Blossoms in a Nautilus Shell, peint en 1870, est un habile pastiche de la peinture nordique ou des vases de fleurs d’Abraham Mignon, dont une oeuvre est présentée dans l’exposition. La virtuosité des drapés, la délicatesse des fleurs évoquent un contexte de séduction qui inaugure sans doute un nouveau rapport au luxe et à la sociabilité dans la société américaine.

 

Trompe-l’oeil et symbole

La guerre de Sécession provoque une rupture. Les peintres de natures mortes, tel William Harnett (1848-1892), de nouveau focalisés sur des objets spécifiquement américains, se font une spécialité dans le trompe-l’oeil aux résonnances volontiers symboliques parfois subversives. Véritable spécificité de la nature morte américaine de la seconde moitié du XIXe siècle, l’usage du trompe-l'oeil fait écho à l’émergence d’un goût populaire pour les peintures dites de « bric-à-brac », les collections éclectiques et les objets exotiques. S’inscrivant dans la longue tradition de l’illusionnisme visuel, le trompe-l'oeil est aussi une mise en cause des valeurs matérialistes de la société et de la corruption de la classe politique. Ainsi, Small Change de John Haberle met en exergue le rapport à l’argent dans l’Amérique au plus fort de son essor économique : désacralisée, la monnaie sert à maintenir un petit autoportrait qui semble placé là comme un défi aux autorités. Le spectateur est invité à être le complice de l’illusion, mais aussi, guidé par l’artiste, à en déchiffrer le code.

 

Aile Denon, 1er étage, salle 32

Crédit visuel : John Haberle, Small Change [Petite monnaie], 1887, huile sur toile, Bentonville, Crystal Bridges Museum of American Art © Crystal Bridges Museum of American Art Photography by Amon Carter Museum of American Art.