La Sainte Anne, l’ultime chef-d’oeuvre de Léonard de Vinci

La Sainte Anne, l’ultime chef-d’oeuvre de Léonard de Vinci


Exposition du 29 mars au 25 juin 2012
Musée du Louvre, Paris

L'exposition Sainte Anne, l’ultime chef-d’œuvre de Léonard de Vinci ne se contente pas d’évoquer un tableau en particulier, mais elle guide le visiteur sur le cheminement artistique et intellectuel par lequel est passé le maître de la Renaissance pour réaliser le tableau, reconnu aujourd’hui comme un chef-d’œuvre. Le processus de création est évoqué par des études, des cartons et des copies d’atelier qui permettent de comprendre l’exigence du travail de l’artiste et le souci du détail de Léonard. La première étape de la création évoque la récurrence du thème de Sainte Anne trinitaire dans les arts du XVIe siècle, due aux débats en Europe sur la thèse de l’Immaculée Conception de la Vierge. La Famille de la Vierge de Lorenzo Fasolo montre Anne et ses trois époux successifs (Joachim, Cléophas et Salomé), ainsi que ses trois filles toutes prénommées Marie, dont la Vierge, et leurs enfants respectifs y compris Jésus. La seconde étape est le travail préparatoire de l’artiste. Léonard a réalisé de nombreuses études sur les positions et les attitudes de la Vierge et de Sainte Anne. Le premier carton de la toile, au format du tableau définitif, est le fameux dessin de la National Gallery, prêt exceptionnel de l’institution anglaise et présenté dans la suite de l’exposition. La copie sur toile du second carton de Léonard, aujourd’hui perdu, achève cette partie : la Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant jouant avec un agneau des Frères Brescianino. Jésus, au sol, s’apprête à monter sur le dos de l’agneau, symbole du sacrifice. La Vierge est plus protectrice que dans la version définitive, puisqu’elle tend les bras pour retenir l’enfant. Sainte Anne a un rôle actif et retient le bras de sa fille. La troisième étape est illustrée notamment par le troisième carton, aujourd’hui perdu, mais connu grâce à nombreuses copies. Léonard étudie les têtes de la Vierge et de Sainte Anne avec une attention particulière, leur élaborant une coiffure sophistiquée. La version la plus proche du troisième carton semble être la version d’atelier de Salai ou Melzi, conservée à Los Angeles, remarquable par le travail sur les sandales brodées de Marie et de Sainte Anne. La version la plus inattendue pour son paysage d’inspiration flamande est conservée à Paris, dans une collection particulière. La densité du couvert forestier et la perspective atmosphérique y sont étonnantes. A remarquer aussi : la version d’atelier de la Galleria degli Uffizi à Florence pour le tapis de fraises aux pieds de la Vierge. La prochaine étape marque l’apogée de l’exposition : la Sainte Anne du Louvre restaurée et exposée en majesté à côté du carton de la National Gallery. Sainte Anne retrouve ses couleurs originelles, débarrassée des vernis jaunis. Le tableau se révèle inachevé dans le paysage intermédiaire entre le sol rocheux et le cours d'eau à l'arrière-plan. Plus exceptionnel encore, on peut contempler le derrière de la toile et notamment ses trois dessins gravés sur le bois : un cheval rappelant la Bataille d’Anghiari, un crâne et un enfant tenant un agneau.
La cinquième étape montre que Léonard a puisé dans ses tableaux précédents pour réaliser la Sainte Anne. On y retrouve des influences de la Vierge aux rochers du Louvre, du Portrait d’Isabelle d’Este, de la Léda et enfin, la Joconde de Madrid, dite la "soeur jumelle de Mona Lisa" … Synthèse des traits caractéristiques des œuvres de Léonard, le tableau est aussi une synthèse de sa vie, son dernier chef-d’œuvre.
L’influence de la Sainte Anne sur des artistes majeurs de l’époque s’est faite grâce aux dessins du maître ramenés de France par Salai, son élève et par les copies d’atelier des cartons préparatoires du maître restés en Italie, comme dans le Tondo Pitti de Michel-Ange et la Belle Jardinière de Raphaël. De nombreux artistes ont repris le thème et la composition en y ajoutant leur touche dont Bernardino Luini avec Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant bénissant Saint Jean-Baptiste, composition inspirée du premier carton de Londres. En revanche, le geste de Sainte Anne reprend celui du Saint Jean-Baptiste de Léonard. L’ultime étape revient à la postérité du thème et est illustrée entre autres par la Grande Famille de Raphaël et l’étonnant dessin d’Odilon Redon qui reprend le dessin de la Tête de la Vierge de Léonard présenté au milieu de l'exposition et qui a autrefois été considéré comme étant de la main du maître lui-même.

C.D.