Misia, reine de Paris

Misia, reine de Paris


Exposition du 12 juin au 09 septembre 2012
Musée d'Orsay, Paris

Misia n'a rien créé par elle-même, mais ses rencontres successives et sa présence magnétique aux côtés des artistes ont fait d'elle une muse, un mécène et un arbitre du goût pendant plusieurs décennies.  Née dans une famille de musiciens, elle est initiée très jeune au piano. Excellente interprète, elle donne son premier concert public en 1892, mais refuse de faire carrière, jouant pour son seul plaisir et celui de ses amis. Plusieurs portraits d'elle la représentent devant son clavier dans le salon de son appartement de la rue Saint-Florentin. Cadrés en plan serré ou large dans une vision panoramique englobant le décor, ces portraits présentent la facette la plus intime de Misia pour qui la musique est un refuge et un partage. Ses goûts musicaux sont étendus. Fervente interprète de Beethoven, Schubert et Chopin, elle s'enthousiasme pour Debussy, au temps de son amitié avec Mallarmé, et pour Ravel qui lui dédie, en 1906, Le Cygne d'après Les Histoires naturelles de Jules Renard et le poème symphonique La Valse en 1920.

En 1889, les fils d'Adam Natanson fondent à Bruxelles une publication culturelle et artistique, La Revue blanche (1889-1903), blanche comme sa couverture. Misia, devenue Madame Thadée Natanson en 1893, ne participe pas directement à cette effervescence intellectuelle, mais accueille à bras ouverts les collaborateurs les plus proches de son mari : Coolus, Vuillard, Bonnard, Vallotton, Toulouse-Lautrec, tous amoureux d'elle. Elle incarne alors l'idéal de la Parisienne élégante, lectrice de  La Revue blanche. Des idées et des idylles naissent et se dénouent comme en témoignent de nombreuses photographies et des tableaux dans lesquels Misia est omniprésente.
Après sa séparation d'avec son second mari, Alfred Edwards, Misia voit sa vie métamorphosée par la rencontre, en 1908, avec le peintre d'origine catalane José Maria Sert (1874-1945). Celui-ci l'introduit dans les milieux artistiques d'avant-garde et lui présente Serge de Diaghilev. Bouleversée par la révélation de Boris Godounov, Misia s'engage aux côtés de l'impresario en apportant un soutien financier à son entreprise. Elle devient la marraine des Ballets russes, assiste à toutes les représentations, mais n'intervient pas dans les choix esthétiques.

Dans l'écrin de son salon du quai Voltaire décoré par Bonnard, Misia réunit le nouveau gotha artistique. Madame Verdurinska, comme la surnomme son amie Gabrielle Chanel, devient un médiateur du goût et de la mode, réunissant ses amis pour mieux les brouiller ensuite. Ses dîners et ses soupers après spectacles sont courus du Tout-Paris. La vie sentimentale de Misia a forgé sa légende au même titre que sa vie sociale. Dans sa jeunesse, elle tourne la tête des célibataires mélancoliques qui l'entourent : Vuillard, Bonnard, Vallotton, Romain Coolus. Sa rupture avec Thadée Natanson, sur fond de tractations menées par Alfred Edwards, inspire à Mirbeau une pièce de théâtre, Le Foyer. En 1911, la mort accidentelle de sa rivale auprès d'Edwards, l'actrice Geneviève Lantelme, reste inexpliquée. Dans la bordure des panneaux peints pour son appartement du quai Voltaire, Bonnard s'amuse du marchandage entamé entre les deux femmes autour des perles de Misia. Misia ne se remettra jamais de l'abandon de Sert pour la jeune Roussadana Mdivani, sculpteur d'origine géorgienne surnommée Roussy. Elle tente de vivre un impossible trio qui s'achève avec la disparition de Roussy en 1938. Devenue presqu'aveugle et dépendante à la morphine, Misia entreprend d'improbables équipées à Venise où sa silhouette décharnée et son élégance s'accordent aux charmes surannés de la ville qui voit mourir, en 1929, son seul ami, Serge de Diaghilev. Après trois mariages et trois divorces, la "Reine de Paris", comme la surnomment les journalistes, meurt solitaire.