L'Ange du bizarre. Le romantisme noir, de Goya à Max Ernst

L'Ange du bizarre. Le romantisme noir, de Goya à Max Ernst


Exposition du 05 mars au 09 juin 2013
Musée d'Orsay, Paris

 

Sous le terme de « romantisme noir » forgé par l’historien de la littérature Mario Praz, on désigne un vaste pan de la littérature et des arts plastiques qui, à partir des années 1760-1770, met en évidence la part d’ombre, d’irrationnel et d’excès qui se dissimule sous l’apparent triomphe des lumières de la Raison. A la fin du XVIIIe siècle apparaissent en Angleterre les romans noirs gothiques, qui rencontrent un succès immédiat. Tout en étant situés dans le monde contemporain, ils font la part belle au mystère et aux émotions fortes, capables de faire frissonner le lecteur de peur comme de plaisir, explorant les terreurs de chaque humain pour l’inconnu, mais aussi ses penchants sadiques et grotesques.

De Londres à Paris en passant par Madrid et Dresde, peintres, graveurs et sculpteurs multiplient les solutions plastiques pour plonger leurs spectateurs dans les vertiges du terrible et du grotesque, rivalisant avec les poètes, les dramaturges et les romanciers : Goya et Géricault nous confrontent aux atrocités absurdes des guerres et des superstitions de leur temps, Füssli et Delacroix livrent leur interprétation passionnée des lectures de Dante, Milton, Shakespeare et Goethe en donnant corps aux spectres, sorcières et démons qui peuplent ces récits, tandis que C.D. Friedrich et Carl Blechen projettent le spectateur dans des paysages énigmatiques et funèbres.

C’est sur ce terreau européen extrêmement divers et fécond que se développent les ramifications sombres du symbolisme à partir des années 1880. Constatant la vanité et l’ambiguïté de la notion de progrès, maints artistes se tournent vers les mondes occultes, raniment les mythes et exploitent les nouvelles découvertes sur les rêves. À la suite des contes fantastiques d’Edgar Poe, Charles Baudelaire, Théophile Gautier et Villiers de L’Isle-Adam, ils posent volontairement les questions gênantes qui confrontent l’homme à ses terreurs ancestrales et ses contradictions : la sauvagerie et la perversité cachée en tout être humain, le risque de dégénérescence collective, l’étrangeté angoissante du quotidien faussement rassurant.

Le romantisme noir reprend une nouvelle vigueur lorsque l’Europe s’éveille du cauchemar de la Première guerre mondiale. Bercés par les fées maléfiques de Goya, du romantisme allemand et du symbolisme, les surréalistes mettent en oeuvre les forces motrices de l’inconscient, du rêve et de l’ivresse comme fondement de la création artistique, parachevant le triomphe de l’imaginaire sur le principe de réalité, et ainsi, l’esprit même du romantisme noir. Au même moment, la magie du cinéma s’empare de Frankenstein, de Faust et des autres chefs-d’oeuvre du romantisme noir qui, par des plans filmés inoubliables, s’installe définitivement dans l’imaginaire collectif.