Musée Rietberg, Zurich

Exposition du 06 septembre 2018 au 04 novembre 2018


Nagasawa Rosetsu, D’un pinceau impétueux.


Du 6 septembre au 4 novembre 2018, le Musée Rietberg à Zurich présente l’exposition Rosetsu – D’un pinceau impétueux.

Déambulant dans l’exposition, il est difficile de concevoir que ces toiles, qui défilent sous nos yeux, sont l’œuvre d’un même homme. Que ce soit dans les sujets, comme les animaux, les femmes et les paysages, dans la façon de les représenter, ou dans les supports, Nagasawa Rosetsu ose poser un contraste prédominant entre ses tableaux.

Ce sont sûrement les enseignements de son maître, Maruyama Ōkyo, grand nom de l’époque d’Edo, qui ont permis au peintre d’acquérir une grande délicatesse dans ses traits. La finesse de l’art nippon émane de certaines compositions, et la scénographie de l’exposition nous immerge dans la culture du pays : les grandes toiles peintes sur les panneaux coulissants de temples bouddhiques sont rattachées à leur contexte spatial, le temple tout entier semble avoir migré avec les images qui l’habitent.

La finesse du trait de Nagasawa Rosetsu se retrouve dans chaque ligne, chaque poil du pelage d’un singe qui, posé sur le bord d’une falaise, observe les visiteurs. Nous l’observons à notre tour, impossible de ne pas rapprocher notre visage du tableau, pour apprécier la minutie apposée sur la toile. Mais cette finesse dans la représentation de ses personnages s’oppose à l’abstraction que le peintre semble vouloir apposer sur ces œuvres. L’artiste en vient même à poser son pinceau, et se munir simplement de ses doigts, en découlent des toiles d’une originalité marquée par un tracé où la précision de l’encre est remplacée par une dynamique dans les compositions et une modernité frappante. Il n’y a plus la place pour la minutie dans ces paysages irréels, à mi-chemin entre le Japon qu’il contemple et la Chine qu’il imagine. Cette liberté d’imaginer, de créer et de représenter, c’est sûrement ce qui définit finalement le mieux Rosetsu. Le peintre joue avec les règles, avec les proportions : l’artiste peint une souris en haut d’un panneau comme pour se moquer de la gravité, s’amuse des perspectives en plaçant l’observateur face au Mont Fuji, en nous transportant dans les cieux.

Peu d’informations demeurent sur cet artiste japonais, seulement quelques écrits de moines, quelques textes de proches. Difficile alors de comprendre sa personnalité par les recherches, le mieux est sans doute de la percevoir par ce qu’il a décidé de nous laisser : le détail d’un personnage solitaire en haut d’une montagne, le regard d’un tigre qui le plonge dans le nôtre, et d’où s’émane une liberté si caractéristique de Nagasawa Rosetsu lui-même. 

Un article sur l'exposition est à retrouver dans le numéro 90 de L'Officiel des Galeries et Musées.

Texte : Angèle Imbert

Crédit Visuel : Nagasawa Rosetsu, Tigre, 1786, détail d’une série de six panneaux coulissants, encre de Chine sur papier, Muryōji, Kushimoto