Musée Guimet, Paris

Exposition du 19 octobre 2016 au 06 février 2017


Carte blanche à Jiang Dahai


Jusqu'au 6 février 2017 le Musée National des arts asiatiques-Guimet a laissé Carte Blanche à Jiang Dahai.

Dans la rotonde du quatrième étage du musée se déploient six majestueuses toiles de l’artiste chinois né à Nankin en 1946. L’espace, dont les baies sont obstruées, est éclairé d’une lumière artificielle qui confère aux œuvres gigantesques une dimension quasi mystique. On s’approche du détail après avoir contemplé l’ensemble, pour tenter d’en déceler les secrets autant que s’immerger plus profondément encore dans ces paysages nébuleux. Écho à la chapelle de l’art édifiée par Mark Rothko à Houston dès 1971, la rotonde du MNAAG devient espace de méditation, à la puissance décuplée par l’inspiration spirituelle de l’artiste.

Formé à l’Académie centrale des beaux-arts de Chine à Pékin et à celle des Beaux-Arts de Paris, Jiang Dahai est ainsi fort d’ influences extrêmes, qui insufflent à son travail un élan particulier. Car les paysages grandioses développés par l’artiste empruntent autant à l’art occidental, des impressionnistes aux artistes du Colorfield (au premier rang desquels Mark Rothko), qu’à l’importance du « souffle » dans la tradition chinoise, qui l’érige, énergie première, à la naissance de toute vie. Héritier de ce multiculturalisme déjà présent dans l’art de Zao Wouki ou de Chu Teh Chun, Jiang Dahai continue de développer une pratique qui fait le pont entre deux traditions.

Dans la tradition des peintres lettrés chinois, Jiang Dahai accorde une importance fondamentale au geste du peintre et à son pinceau, outil si précieux d’art et d’écriture. Matériau de tous les possibles, élément de construction de ses compositions, la goutte est la base sur laquelle s’édifie l’univers de Jiang Dahai. Élément concret, l’encre répandue par l’artiste fait advenir la plus grande abstraction et ouvre la porte à l’onirisme et à la méditation. Nuages, brumes, paysages célestes naissent des gouttes qui, coulant de son pinceau, se trouvent juxtaposées sur la surface de la toile, au cours d’un processus de travail minutieux et quasiment ascétique, qui met en avant autant le geste de l’artiste que cet élan vital si caractéristique de la spiritualité chinoise.

On se perd dans la beauté et la majesté de ces taches devenues monuments, on va et vient dans le cadre spatio-temporel totalement nouveau instauré par l’artiste, et on a même l’occasion d’observer l’artiste au travail lors de performances organisées par le musée le 26 novembre, pour avancer toujours plus loin dans ce voyage méditatif initié par Jiang Dahai.

Infos :

Performances et peintures en public le 26 novembre 2016.

Ouvert tous les jours sauf mardi, de 10h à 18h.

Entrée libre avec le billet d’accès au musée.

Crédit visuel : Jiang Dahai au travail, capture d’écran de la vidéo présentée dans l’exposition.

Texte : Horya Makhlouf.