MAMVP / Musée d'Art Moderne, Paris


Basquiat


Ne cherchez plus l'expo phare de cette fin d'année : il s'agit sans conteste de la rétrospective Basquiat au musée d'Art moderne. À travers une centaine d'œuvres (peintures, dessins, objets) d'une qualité exceptionnelle, l'enfant terrible des eighties s'y révèle dans toute l'ampleur et la précocité de son talent. Rigoureusement chronologique, l'accrochage débute à la toute fin des années 1970, quand le New-Yorkais d'origine haïtienne délaisse le pseudonyme de Samo et les graffitis tracés sur les murs à l'aérosol pour l'espace plus exigeant de la toile. Dans les balbutiements du peintre, s'affirme déjà ce qui fera sa marque : manière brute sinon brutale (d'aucuns parleront à son sujet d' « expressionnisme primitif »), mélange enfantin d'écriture et de dessin, diversité des supports et techniques picturales (le MAMVP présente même un frigo). L'exposition montre ensuite la maturation de l'artiste jusqu'à sa mort en 1988, dévoilant au passage quelques-unes de ses obsessions. Au fur et à mesure que s'égrènent les noms, toujours plus prestigieux, des galeries ayant exposé le jeune prodige, ses toiles monumentales charrient dans un maelström coloré mémoire afro-caribéenne, questionnement sur la négritude, culture urbaine et vertige face à la société du spectacle et le marché de l'art, jusqu'à cette sentence finale, répétée ad nauseam sur une toile au fond blanc : « man dies ».

N'eut-il été fauché à 27 ans par une overdose d'héroïne, Basquiat aurait eu cinquante ans cette année. À l'hommage que lui rend le musée d'Art moderne de Paris, se superpose celui qu'organise pour l'occasion la galerie Pascal Lansberg. Soit un ensemble de toiles grand format de l'artiste, auxquelles vient s'ajouter une série de dessins au crayon gras. Les premières ont été réalisées entre 1982 et 1987. Parmi elles, un autoportrait sur fond blanc à la lecture ambivalente : l'artiste lève-t-il les mains parce qu'il triomphe, ou sur l'injonction de la police ? Est-ce un sourire ou une grimace qui barre son visage ? Tout aussi remarquable, la toile intitulée « Spermatozoon » revisite les schémas de sciences naturelles. Quant aux dessins et œuvres sur papier, ils offrent une plongée dans les premières années du peintre. On y retrouve en effet le Basquiat des débuts : naïf, enfantin, violemment expressionniste, et mettant dans ses œuvres tout ce qui tombe sous sa vue (voitures, enseignes publicitaires, personnages de comics...). Un pur concentré d'énergie, en somme.