Christophe Luci, Manus

Christophe Luci, Manus


Exposition du 19 mai au 30 juin 2016
Galerie Teodora, Paris

Du 19 mai au 30 juin, la galerie Teodora présente Manus, une exposition de Christophe Luci.

Parmi les grands dessinateurs d'aujourd'hui, il y a Christophe Luci. Ses mains dansent au rythme des mots, ondulent de leurs dix doigts pour appuyer et prolonger chacune de ses paroles. Cette chorégraphie du corps trahit sa personnalité de touche-à-tout mais surtout son âme de dessinateur. 

Mais avant de pleinement révéler son univers sur papier, Christophe Luci a expérimenté d'autres mediums comme la vidéo. Il filme ainsi ses mains gesticulantes, jouant avec l’ombre et la lumière, jusqu’à en altérer la perception, à provoquer une rupture avec la réalité. C’est lors d’un arrêt sur image qu’un sentiment d’étrangeté lui apparait : il ne reconnait plus sa propre main. Son futur sujet de création était né.

Entre sensation de perte d’identité, de dédoublement de soi-même et de vertige, Christophe Luci découvre une main ambigüe, une entité autonome, sans savoir si elle lui veut du bien ou du mal. Pour creuser ces questions, il choisit de retranscrire cette image sur papier, comme pour mieux se la réapproprier et en comprendre les effets. 

Minutieux et appliqué, son trait sur papier se façonne davantage par aplats que par « coups de crayon », rendant la frontière ténue entre la pratique du dessin et de la peinture. La main est parfaitement cernée d’une ligne assurée, divisant nettement le fond et la forme, alors que les détails de la peau se cultivent par contrastes.

En résulte une image puissante et troublante. Cette main est en effet transposée dans un irréel via un fond noir intense, qui brouille toutes notions d’espace-temps. Telle une apparition soudaine, ses doigts s’invitent à notre vue sans avertissement, en nous affrontant directement de face. Nos sens en alerte, nous peinons alors à rationnaliser l’intention de ce geste déconcertant. Alors que certains se sentiront agressés, d’autres seront plutôt rassurés, à chacun sa perception, à chacun son signifié. 

« Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent » écrivait Louis Agaron dans Les mains d’Elsa.  De même, les doigts de Christophe Luci exercent leur propre langage que l’oeil essaie de décoder, que seul l’imaginaire permet de pénétrer. Le plus vieux symbole du monde sera au coeur de sa prochaine exposition à la galerie Teodora intitulée Manus, titre à la fois d’une simplicité évidente mais au fort pouvoir mystique, à l’image de Christophe Luci. 

Vernissage le 1er juin à partir de 17h pendant la soirée Nocturne Rive Droite.
Texte : extrait d'Anne-Laure Peressin
Crédits visuels : Christophe Luci, Sans titre.