Fabrice Langlade, Dionysos

Fabrice Langlade, Dionysos


Exposition du 06 octobre au 31 décembre 2016
Galerie Pièce Unique, Paris

Du 6 octobre au 31 décembre 2016, la galerie Pièce Unique est investie par Fabrice Langlade avec Dionysos.

Actif depuis les années 1990, le sculpteur Fabrice Langlade demeure inclassable. À travers les différents thèmes qu’il exploite et les différentes sources d’inspiration auxquelles il puise, son art suscite le rêve, la contemplation et l’interrogation. Aimant autant les matériaux synthétiques que la délicate porcelaine, la préciosité de l’acier poli que le bois brut, l’artiste repousse sans arrêt les codes de son art en trompant les sens et les attentes.

D’un pont en porcelaine qu’il prévoit d’installer dans les steppes mongoles, ancienne étape de la Route historique de la soie, désormais vides de toute présence à Monsieur, l’arbre qu’il façonne dans diverses essences de la forêt lorraine et qu’il plante de nouveau dans la forêt, en passant par Retour d’Italie, moulage en cuivre qui semble de plâtre grâce à la peinture blanche qui le recouvre, ce qu’il donne immédiatement au regard demande sans cesse à être reconsidéré.

Dans Dionysos, ne reste du dieu mythologique que le nom donné à la série. Des socles faits de souches d'arbres, des grappes de raisins, ou des grandes silhouettes informes recouvertes d’un mystérieux drapé mouillé indiquent aussitôt l’absence. Absence de la figure, du corps, du sujet que l’on s’attend traditionnellement à trouver derrière le titre. Or le dieu ici n’a pas été livré par l’artiste et reste tout entier à imaginer. Ne témoigne plus de son existence que le bloc apparemment de marbre et à peine dégrossi dans lequel il aurait pu être sculpté, le piédestal sur lequel il aurait pu s’appuyer dans toute statue gréco-romaine, le drapé fantomatique qui aurait pu souligner les formes d’un corps ou les raisins qui permettent d'ordinaire d'identifier dans sa figure le dieu de la vigne, du vin et de ses excès.

Fabrice Langlade est pourtant ici au plus proche de la civilisation et de la culture antiques desquelles il tire son inspiration, et dont il essaye en fait de souligner les fondements. En exposant les points d'appuis d'une figure que les Romains, copiant les Grecs, immortalisèrent dans le marbre, il moule la condition d'existence même de la sculpture et de l'image. L'artiste dote son piédestal d'une portée autant symbolique que métaphysique. Celui-ci se fait dévoilement des artifices techniques employés par le sculpteur pour créer une figure physique qui puisse tenir debout mais dévoilement également du point de départ de la formation de l'image « mentale ». L'absence physique du sujet devient ainsi l'occasion de l'imaginer tout entier. L'artiste, démiurge moderne, refuse de priver le spectateur de son libre-arbitre en lui livrant une image qu'il aurait pensé et façonné tout seul, et l'invite à s'en emparer pleinement.

Dans son travail du corps et de l'esprit, il tente de rejoindre ses « pères Grecs ». Fabrice Langlade livre un commentaire inédit de cet art et de cette civilisation pour lesquels il nourrit tant d'admiration et de fascination. Et son travail de traduire les réflexions initiées par ces derniers et qu'il estime devoir revivifier. « Ce n'est pas moi qui m'accapare le mythe, c'est le mythe qui s'accapare de moi » explique-t-il.

 

Sa sculpture convoque autant la vue que l'entendement et multiplie les strates de réflexion auxquelles appelle son travail, inscrit dans le réel le plus actuel. Car l'artiste livre un commentaire de ses « Pères » autant que de ses contemporains, en soulignant une société qu'il estime de plus en plus « aliénée » et « désincarnée », « même si l'on nous vend des corps, du rouge à lèvres, des fesses et des seins partout », ironise-t-il. En supprimant ce corps omniprésent, l'artiste espère le rendre enfin concret et vivant. Celui qui se présente comme un « incarnateur de sujets désincarnés » invite dès lors à poser l'image du monde qui nous entoure sur ce socle désespérément vide, dont l'aspect spectral et le blanc immaculé laissent imaginer, qu'à l'instar d'un plâtre, il saura en prendre l'empreinte.

Infos :

Vernissage jeudi 6 octobre.

Ouvert du mardi au samedi, de 11h à 13h30 et de 14h30 à 19h.

Crédit visuel : Fabrice Langlade, Grand Iram, 2013-2016, 200 x 62 x 80cm, Epoxy, silicate d'aluminium, silice, laque PU mate. Copyright : Fabrice Langlade – Courtesy Galerie Pièce Unique, Paris

Texte : Horya Makhlouf