Cinétisme 1ère, 2ème, 3ème génération

Cinétisme 1ère, 2ème, 3ème génération


Exposition du 25 janvier au 23 mars 2019
Galerie Lélia Mordoch, Paris

Rencontre optique à la galerie Lélia Mordoch du 25 janvier au 23 mars 2019. A l’occasion de l’exposition collective Cinétisme 1ère, 2ème, 3ème génération, les œuvres d’onze artistes vivants ou morts déstabilisent l’œil.

Sculptures de lumière, fleurs fractales virtuelles, superposition de feuilles de calque… A priori, ces supports n’ont rien en commun. Pourtant, juxtaposés les uns aux autres, leur dimension optique se révèle et, par-là, trouble nos sens. Forte de cette observation, Lélia Mordoch rassemble à Paris onze artistes nés entre 1926 et 1978 qui, sans véritablement se connaître (certains sont même morts), partagent le même intérêt pour la perception et la représentation du mouvement.
Bien que l’exposition s’intitule Cinétisme 1ère, 2ème, 3ème génération, il s’agit moins d’un panorama chronologique de l’art cinétique que d’une mise en regard plastique qui souligne la continuité de la recherche sur le sujet.

L’art cinétique est chez lui dans la galerie Lélia Mordoch. Celle-ci a en effet commencé à exposer les artistes du GRAV – Groupe de Recherche d’Art Visuel actif entre 1960 et 1968 – dans les années 1990. Parmi ceux présentés en 2019, nous retrouvons François Morellet décédé en 2016. Deux de ses œuvres sont exposées : Répartition aléatoire de 20 % de carrés superposés 6 fois bleu-vert-jaune-orange-rouge, peinte en 1970, et Lunatique neonly, 4 quarts de cercle n°8, réalisée en 2002.
Cette dernière, très poétique, représente la lune. Sur la peinture acrylique blanche, l’artiste a ajouté quatre morceaux de néon courbés issus d’un même cercle. Ces traits lumineux strient le support en bois, veines phosphorescentes aux accents magiques. Leur disposition, loin d’être aléatoire, semble suggérer les différents angles ou visages de l’astre en fonction de sa rotation. Celle qui « change tous les mois sur son orbite », pour reprendre les mots de Juliette Capulet, se présente ici entière et fragmentée. L’installation composite devient oxymore et donne à voir l’impossible : toutes les faces de la lune.
Au-delà du caractère onirique de l’œuvre, la lune elle-même étant métaphore du rêve, François Morellet réussit à capturer en une image le mouvement mensuel du satellite de la Terre. Néanmoins, l’agencement des néons perturbe notre œil formaté par la logique et le concret. Et c’est finalement l’aspect le plus troublant de l’ensemble de l’exposition : si saisir le mouvement passe d’abord pour une démonstration scientifique, les onze artistes présentés font, chacun à leur manière, preuve de poésie, voire même de lyrisme.

 

Texte : Marie-Amélie Muriel

Crédit : François Morellet, Lunatique neonly, 4 quarts de cercle n°8, 2002, acrylique sur toile sur bois, quatre quarts de cercle de néon blanc répartis au hasard de π, 130 x 120 cm © Galerie Lélia Mordoch