Vahid Chamani, Amino Acids

Vahid Chamani, Amino Acids


Exposition du 26 janvier au 25 février 2017
Galerie Lazarew, Paris

Du 26 janvier au 25 février 2017, la Galerie Lazarew présente les œuvres de Vahid Chamani dans Amino Acid.

Né en 1984 à Téhéran, Vahid Chamani vit et travaille en Iran. Parmi les artistes les plus prometteurs du Moyen-Orient, selon Artprice, ses œuvres délicates et raffinées sont déjà présentes en Iran, aux Etats-Unis, à Londres ou à Dubaï, et s’exposent, avec cette exposition, pour la première fois en France.

À l’huile ou à l’encre, sur des toiles de formats tantôt intimes ou monumentaux, Vahid Chamani décline autant de portraits de femmes, d’hommes ou d’animaux mystérieux, surgissant doucement d’un fond sombre toujours traité en frottis. Les contours s’estompent, les formes sont évanescentes, le blanc d’un voile, d’un vêtement ou d’une peau, vient animer une gamme tonale invariablement terreuse. Les canons empruntent aux modèles byzantin leurs yeux en amande et leur nez aquilin, sassanide leurs parures et leurs étoffes soyeuses. La lumière, artificielle, immanquablement crue, éclaire des visages aux expressions énigmatiques, dont les yeux ou la bouche ne sont pas toujours visibles, souvent comme effacés au chiffon. Dissymétrie, anti-naturalisme de corps que Vahid Chamani se refuse d’idéaliser, jeux de transparences et de superpositions de plans venus empêcher la profondeur ou la fuite vers un quelconque autre motif, sur lesquels semble avancer le modelé d’un nez, d’un bijou ou d’une paupière, confrontent le spectateur à une certaine angoisse retranscrite par le pinceau.

Les personnages recomposés par l’artiste sont pris au piège, bloqués dans l’interstice entre le rêve et la vie. Comme usés par le temps, les tableaux portent les mêmes stigmates du vieillissement que ces photographies sur lesquelles des taches finissent par apparaître et brouiller l’image.

Difficile de trancher entre portrait et spectre. Comme des fantômes d’un Iran coincé entre tradition et modernité que le peintre s’évertue à étudier et à traduire dans ses toiles, les personnages apparaissent lentement au spectateur, se dévoilent et révèlent, à travers leur esprit torturé, partagé entre réalités et aspirations, un nouveau mal du siècle dont Vahid Chamani se fait le chantre. Ici commence ce que Gérard de Nerval appelait « l’épanchement du songe dans la vie réelle » (Aurélia), la peinture de Vahid Chamani exprime l’impasse, le désir contrarié, l’atemporalité d’une poésie de la ruine et de l’illusion déçue mais ô combien fascinante et belle.

Parfois auréolés, apparaissant dans un espèce de clair de lune devenu aussi brutal que la lumière du néon, les êtres que Vahid Chamani dépeint deviennent les icônes d’un monde dans lequel tout espoir de conciliation a disparu. Occident et Orient rêvés cohabitent sans jamais se rencontrer. Et le peintre de conclure :« Les deux cultures coexistent. Est-ce représentatif de la réalité ? Non, je pense que nous sommes seulement en train de rêver ou d’halluciner. »

Infos :

Vernissage samedi 28 janvier, de 15h à 19h.

Ouvert du mardi au samedi, de 14h à 19h.

Crédit visuel : Vahid Chamani

 

Texte : Horya Makhlouf