Pénélope s'en va

Pénélope s'en va


Exposition du 07 novembre au 29 novembre 2014
Galerie Grand E'terna, Paris

Avec Faina Kremermann, Frédéric Xavier Liver, Hélène Mougin, Laurent Quénéhen et Rada Tzankova

L’histoire de l’Europe s’est élaborée  sur les récits des mythes grecs et dès l’école, on apprend à tous les enfants français et européens l’histoire de Pénélope qui attend le retour d’Ulysse. Les petits cerveaux sont éduqués avec cette idée que la belle Pénélope se refuse à 114 prétendants et reste dans l’attente absolue de son valeureux guerrier pendant vingt années tout en défaisant la nuit le travail qu’elle avait fait le jour. 

Pénélope serait donc la sœur spirituelle de Sisyphe.

Cela rejoint parfaitement les standards religieux qui attribuent à la femme une situation soumise, attentiste, sacrificielle.

L’idée d’une égalité des sexes est une belle idée, mais ce n’est pas avec ce genre de fable historique inculquée à tous les petits garçons et à toutes les petites filles qu’elle peut émerger dans les pensées.

Dans ce projet, les travaux évoquent l’attente, le départ, non pas de manière illustrative, mais par  des détails, des allusions sporadiques.

C’est au visiteur que revient la tâche difficile de tisser ces points de raccordement entre l’œuvre et Pénélope qui, à l’instar de son aventurier de mari, s’offrira peut-être un jour une autre vie.

 Faïna Kremerman travaille la structure picturale en profondeur, la nature originelle entre en confrontation avec la nature modelée par l’homme, les branches coupées deviennent comme des articulations fragiles et éphémères. Quant au fil de nylon souvent présent sur la toile, il capte la lumière, joue avec elle, ses tableaux varient en fonction du temps. Faïna retourne la peinture comme la terre, elle sculpte la matière, utilise le fil de mohair et même la toile d’araignée. Elle évoque, mais ne raconte pas, brasse des souvenirs et des espérances, tisse des liens entre la vie et la mort.

Frédéric Xavier Liver aborde la question artistique comme une esthétique politique, une arme de précision et de réflexion qui peut heurter, mais ne tue jamais : «  Penser au-delà du présent demande du temps, demande du travail. Travail qui fut pour Pénélope arme de résistance. Mettre l'accent sur le processus et le temps de production où la manufactura est l’acte du présent qui comble la distance entre la mémoire du passé et l'avenir encore à bâtir. Pénélope devint le symbole de fidélité et d’endurance. Comme  Le Triomphe de la République de la place de la Nation à Paris, tout peut partir sauf elle. Char figé du triomphe où tout danger a été effacé. Effacer les prétendants et rendre vaine l’attente de Pénélope. Alors peut être que Pénélope est partie depuis bien longtemps ». FXL

Hélène Mougin est la cousine de Pénélope, elle dispose des céramiques appétissantes mais non comestibles. A l’instar de Pénélope elle crée des artefacts composites, des leurres pour s’échapper de la vie et du quotidien. Ses pâtisseries rappellent des ilots, une carte imaginaire qui évoque le temps des départs, des expérimentations, comme la rêverie suggestive et anarchique qui surgit et submerge le fil ténu de la réalité.

Laurent Quénéhen photographie le fil du temps, les images se ressemble comme celles des pellicules cinématographiques, elles sont évolutives, différentes. Ses personnages, une jeune femme en l’occurrence, semble perdue dans le paysage, déjà lointaine. Elle attend quelque chose ou bien avance à petit pas, comme une danseuse qui s’éloigne inexorablement. Pénélope s’en va et laisse Ulysse pétrifié.

Sans Pénélope, le voyage d’Ulysse, l’Odyssée, perd sa raison d’être.

Rada Tzankova peint le plus souvent des épopées fulgurantes en de longs panneaux flamboyants. Là, elle s’intéresse à un récit plus intime, c’est une suite de dessins et de peintures de format identique qui rappellent les récits illustrant l’Odyssée. L’histoire se raconte en images comme un roman pictural décomposé et Rada précise : « C'est un travail biographique et en mouvement, la trame étant la même et pourtant toujours différente. Ici, la suite des seize peintures est réalisée dans l'idée du voyage, la disparition, la mer, la lumière, la patience. Aujourd'hui, Pénélope espérerait-elle encore, tissant sa vie dans l'attente de l'amour éternel ou s'en irait-elle vivre son propre voyage ? »

 

 Galerie Grand E’Terna

3 Rue de Miromesnil
  75008 Paris

Ouvert du lundi au samedi 
de 11h à 13h et de 14h à 19h 
et sur rendez-vous / Exposition du 7 et  au 29 novembre 2014

 

Vernissage le jeudi 6 novembre