Bruno Albizzati, Dérives

Bruno Albizzati, Dérives


Exposition jusqu'au 03 novembre 2012

Où finit l’espace dans les dessins de Bruno Albizzati ? Il ne finit pas. Il commence, là, sous nos yeux. L’espace prend forme. Il devient dense. Fusain comme gravures marquent cette densité. L’espace se mue en matière, il est infini. Comme si le dessin n’avait pas de fin. La seule limite est celle du cadre disait Pollock - ‘No limits, just edges’.Alors l’espace s’amplifie, dans un ailleurs qui hante le peintre.
Faisant du paysage un espace désincarné, Bruno Albizzati travaille sur des espaces abstraits, où sans cesse revient l’image du vide. Les paysages mettent en place la figure du creux, du manque. Les espaces semblent fuir, ils s’éloignent et se dissolvent. Inlassablement, fusains et gomme en main, l’artiste reconstitue cet espace qui lui échappe. Peindre l’abysse est chose difficile. Peindre le manque en cherchant à lui donner des contours, voilà le travail du jeune peintre.
Dans cet espace géométrique qui creuse le vide en son coeur, l’image apparaît dans le manque et c’est cela qui bouleverse le spectateur. Malgré la peur, les hésitations, les incertitudes, le trait s’affirme et est indéniablement reconnaissable. Peut-être est-ce cela le style ? Alors que les espaces semblent s’éloigner, les corps, eux, apparaissent dans la feuille. Ce sont deux mouvements contraires. Les corps sont toujours dans la distance malgré tout.Ainsi le manque c’est aussi cette distance placée volontairement par le peintre entre le spectateur et ses oeuvres. Les peintures de Bruno Albizzati créent un sentiment de lointain comme s’il représentait des absences, des souvenirs d’un visage.
Dans la répétition du geste il n y a aucune tentative d’épuisement du sujet mais au contraire la mise en évidence de son caractère indéterminé, d’où l’attention portée au flou, au flottement. L’artiste refuse le trait déterminé comme il refuse de couvrir tout l’ensemble de la feuille. Le blanc du papier est une couleur. C’est une présence aussi. L’image se nourrit du blanc, qui devient partie intégrante de l’oeuvre et vient se substituer à la chair. Bruno Albizzati est très sensible à cette présence du blanc comme couleur et comme marqueur d’indétermination. Il l’a étudié dans le travail de Cy Twombly ou dans les dessins de Trisha Brown exposés à la Biennale de Lyon. Dessins comme peintures luttent aussi contre le blanc, cherchent à s’affirmer contre le néant. C’est donc aux autoportraits de surgir et d’imposer une réelle présence qui dévore le blanc du papier. En ce sens, les oeuvres de Bruno Albizzati sont animées par le dialogue du blanc et de l’image, dialogue de l’ombre et de la lumière. L’image dans le manque c’est également l’envie de créer, « l’envie de rencontrer les dessins à venir » dira le peintre lui-même.


Galerie du CROUS
11 rue des Beaux-Arts
75006 - Paris

94 expositions passées