Hommage à Jean Hélion

Hommage à Jean Hélion


Exposition du 10 mars au 19 mai 2018
Galerie Antoine Laurentin, Paris

 

Du 10 mars au 19 mai, la galerie Antoine Laurentin présente les esquisses et études des peintures les plus célèbres de Jean Hélion.

 

 

 

Une rétrospective lui a été consacré en 2005 au Centre Pompidou, Jean Hélion, né en 1904 et mort en 1988 a traversé le XXè siècle, témoin de tous les enjeux de la modernité. Première et Seconde Guerre Mondiale, Mai 68 et Guerre Froide, rien n’a échappé aux yeux du peintre. A la crise politique, il répond la crise artistique : en 1930, Jean Hélion fonde l’art concret, radicalement abstrait aux côtés, entre autres, de Frantisek Kupka et Robert Delaunay. Mais lorsque l’idéalisme communiste s’effondre dans la réalité du fascisme nazi, Jean Hélion entre A rebours de la modernité et laisse tomber l’abstrait pour le figuratif. Ses esquisses acérées nous laissent entrevoir sa quête passionnée. 

 

 

Le trait est incisif, vif et répétitif. Les croquis d’Antoine Laurentin semblent réalisés d’une main d’enfant énergique et pressée, coloriant hâtivement les blocs de formes en rouge, bleu et vert à l’aquarelle pâlissante. Se dessine, alors, sur le papier, la silhouette d’une femme retournée, entourée de mille traits francs et indécis : encre noire et crayon gris en recherche effrénée de la forme achevée. La ligne court après la figure, avant qu’elle ne s’échappe, pour la rattraper et l’entourer si bien que l’image ressemble à une prise de note expédiée : on en devine les mots à l’aide de quelques lettres soustraites de l’illisible. Ainsi, la nudité de la jeune femme est-elle brossée à grands traits : mains en forme de peignes, jambes en M majuscule, pubis gribouillé et poitrine en double zéro pointé. A gauche, un personnage géométrique en forme de peintre se tient dans une posture gelée, comme un pantin aux bras levés. Derrière lui, une toile dont les carrés sont coloriés d’un seul trait grossier, moquent le genre abstrait. Le dessin est surchargé de lignes inachevées. 

 

 

N’appuie pas trop sur ton crayon pour pouvoir gommer, apprend-on aux enfants. Jean Hélion, élève rebelle au contraire, appuie le trait, le repasse et le démultiplie. La moindre rature ou bavure est laissée visible. Le figuratif manque ainsi à chaque fois, de se casser la figure, emberlificoté dans les lignes brutes et impulsives. Impulsivité étonnante comparée à la contenance maîtrisée des œuvres achevées de Jean Hélion : la forme géométrique nette et parfaitement découpée y est cernée d’un trait noir et assuré, et accueille des aplats de couleurs vives, lisses et compactes, dans une composition rigoureuse.

 

 

Dessiner c’est une opération des yeux en mouvement, qui tournent autour des choses et savent l’envers quand ils voient l’endroit écrit Jean Hélion. Les esquisses exposées donnent à voir cette opération du trait qui permet à la forme finie d’émerger. Elles retracent la genèse des œuvres, présentant aux yeux du spectateur l’ossature de la peinture, bruyante de lignes et de remises en question. Celle ci peut néanmoins être considérée comme une œuvre à part entière, qui court après la forme du figuratif ou la figure abstraite, dans un mouvement qui ne cesse de rattraper la modernité.

 

 

Texte : Elodie Réquillart

 

 

Crédit Visuel : A rebours, Jean Helion, 1947, Aquarelle, crayon et encre de Chine sur papier signé et daté Hélion 47 en bas à droite, 27,5 x 35,5 cm