Galerie Michel Estades, Paris

Exposition du 15 décembre 2018 au 27 janvier 2019


Damien Colcombet


En 2009, la galerie Michel Estades exposait l’artiste émergent Damien Colcombet. En 2018, ce dernier, lauréat du Prix Edouard Marcel Sandoz en 2013, revient y présenter ses bronzes animaliers dont la force d’expressivité saisit au premier coup d’œil.

Un éléphant en bronze marche à travers la jungle. Malgré son petit format, il émane de ce Patriarche une grandeur et une sérénité impressionnante. Sa peau en bronze patiné est plissée par le temps qu’a déjà vécu l’animal. Symbole de mémoire, il semble porter l’Histoire du monde à bout de défenses. Lentement mais sûrement, il avance. Et les autres sculptures de Damien Colcombet semblent prêtes à s’incliner sur son passage.

A l’image du Lion assis en bronze que sculpta Louis-Antoine Barye pour le palais du Louvre en 1847, les modèles animaliers réalisés par Damien Colcombet - qui crée aussi des pièces monumentales telle que Girafe et Girafon inaugurée l'an dernier au Parc de la Tête d'Or à Lyon -  paraissent antithétiques en ce qu’ils contiennent à la fois la puissance immobile de la statuaire et la vitalité réaliste du vivant. Leurs morphologies et leurs attitudes ne sont pas feintes : depuis l’enfance, l’artiste est fasciné par la nature. Il fréquente zoos et réserves naturelles. Ses sculptures semblent avoir été exécutées sur le motif, comme s’il avait immortalisé sa rencontre fugace avec un éléphant dans la pierre. De la même façon que le Patriarche marche éternellement vers nous, des petites girafes au galop courent perpétuellement vers le lointain. Spontanément, nous voulons les éviter, nous écarter de leur passage, avant de réaliser qu’elles sont en bronze et leur course figée pour toujours.

Damien Colcombet réussit à modeler le mouvement en action, et sa réalité. Son naturalisme artistique frise le vérisme. Ce travail précis est d’autant plus prodigieux qu’il est sculpté en petit format : aucune sculpture ne dépasse les 45 centimètres de hauteur. Et pourtant, elles semblent si vivantes dans leurs détails et leurs expressions. Les plis de peau du Patriarche rendent le modèle quasi anthropomorphique, comme une allégorie de la mémoire, mais c’est bien dans la nôtre que le modèle de bronze reste gravé.

Texte : Marie-Amélie Muriel

Crédit : Damien Colcombet, Le Patriarche, bronze original, 22 x 32 x 18cm