Galerie Le Feuvre & Roze, Paris

Exposition du 29 mars 2018 au 21 avril 2018


Grands formats, Jan Koalata


Du 29 mars au 21 avril, la galerie Le Feuvre présente les peintures Grands formats, de l’artiste allemand Joan Koalata, une exposition haute en couleurs !

Ce qui frappe au premier regard dans la peinture de Joan Koalata, presque aussi grande que notre corps, c’est la couleur. Rouge, bleu, jaune, amalgames violacés, saturés ou dilués se côtoient sur la même surface picturale, se mélangeant, se recouvrant, se repoussant ou s’enlaçant. Car de ces tableaux abstraits émanent un mouvement et une énergie dont les traces longilignes du pinceau témoignent encore. La couleur dessine lignes horizontales, volutes circulaires et gribouillis harmonieux apparaissant par excès ou défaut de matière. La forme est accouchée du processus, accumulant les tâches de naissance : les diverses strates d’acrylique sont visibles par transparence, se superposant les unes sur les autres et créant, par hybridation, de nouvelles silhouettes.

La peinture ressemble à un nettoyage, affirme Jan Koalata. Cette proposition quelque peu paradoxale se confirme au regard des photographies de l’artiste en plein travail, qui, vu de loin, semble passer la serpillière : l’homme est debout, le dos courbé pour ratisser sa toile à l’aide d’une longue raclette. Il nous rappelle Gerhard Richter, étirant la matière sur le tableau, comme on raclerait l’eau de la surface des vitres. Rien d’étonnant, puisque Joan Koalta, né en 1949 a été élève à la Kunstakademie de Dusseldorf, lorsque Gerhard Richter y était professeur. Ainsi, la posture conceptuelle de Jan Koalata se reflète t-elle dans sa position corporelle : ce n’est pas la toile qui s’adapte au corps de l’artiste, apposée sur un chevalet, mais l’artiste qui se courbe pour aller à la rencontre et à l’écoute de la toile.

Néanmoins, l’artiste, loin de lustrer la toile, la recouvre de matière, y fait couler des flaques de couleurs, qu’il étale et retire, réitérant son geste, jusqu’à ce que le tableau soit fini. Mais comment savoir quand l’œuvre est achevée ? Jackson Pollock avait répondu à cette question par une question, non sans provocation : Comment savez-vous quand vous avez fini de faire l’amour ? Car c’est moins l’intention qui guide Jan Koalata, que l’action, orchestrée de façon à élaborer les hasards, jusqu’à la survenue de l’opportunité : le point culminant de l’image, qui s’impose d’elle même. 

Ainsi, l’œuvre révèle le processus de création mais également le processus de vision du spectateur. L’image détient en ses successives peaux colorées, une multitude de possibles. Comme si notre œil louchait, nous regardons, au premier degré de la vision, avant que celle-ci n’ai assemblé et mis en forme les surfaces, les couleurs, les lignes et les dimensions. La surface picturale est semblable aux profondeurs de l’océan, remplis d’algues et de coraux, dont la perception est altérée par le milieu aquatique. Cependant, nous pouvons garder les deux yeux grands ouverts, capables de respirer sous ces eaux colorés qui nous font voyager dans la peinture.

Texte : Elodie Réquillart

Crédit visuel : 150.120.2017.08, Jan Koalata, Acrylique sur toile, 150 x 120 cm, 2017