Galerie Berthet-Aittouarès, Paris

Exposition du 07 novembre 2018 au 01 décembre 2018


Éric Antoine, L'usage du temps


Du 7 novembre au 1er décembre, la galerie Berthet-Aittouarès présente L’usage du temps, une exposition consacrée aux photographies de l’artiste Éric Antoine.

À la manière d’un artisan, Éric Antoine remet à l’honneur la technique du collodion humide, un procédé long et complexe de la photographie argentique. De la prise de vue au développement en chambre noire, il maîtrise chaque étape de sa production. Son travail s’inscrit dans une démarche d’autant plus personnelle qu’il photographie exclusivement son environnement proche des Vosges, où il s’isole volontairement depuis 2010.

Détails de corps nus, objets divers libérés de leur contexte, l’artiste semble s’inspirer du style documentaire, sobre et immédiat d’Albert Renger-Patzsch, l’un des principaux représentants de la Nouvelle Objectivité. Pourtant, l’atmosphère poétique et mystérieuse du monde végétal qu’il capture dans des effets de flous tourbillonnants nous évoque le pictorialisme d’Edward Steichen, un mouvement esthétique complètement opposé. S’il peut influer sur la composition et les cadrages, Éric Antoine laisse l’image se soumettre aux aléas du procédé ancien.

Le silence, l’absence ou encore la fuite du temps sont quelques clés pour tenter de déchiffrer les œuvres d’Éric Antoine.  Parmi la quarantaine de photographies présentées à l’occasion de l’exposition, Cerveau Charlotte, issue de la série Les Cerveaux réalisée en 2017, frappe par son intrigante mise en scène. Le regardeur fait face à une nature morte : au centre de l’image, une pile de vieux manuscrits photographiés sur la tranche, surmontée d’une main, enserre une pierre blanche et une sphère noire… Au moyen d’une lumière artificielle, l’artiste fait contraster les tons clairs des feuilles de papier, de la peau humaine, et les zones d’ombres brunissantes caractéristiques du collodion humide.

Doté d’un savoir-faire rare, Éric Antoine cristallise ses émotions sur des ambrotypes, des plaques de verre rigides mais fragiles. Avec technicité et esthétisme, il nous permet de retrouver, à l’heure de la révolution numérique, la matérialité du procédé photographique.

Texte : Anne Cuzon

Crédit photo : Éric Antoine, Cerveau Charlotte, 2017, Galerie Berthet-Aittouarès