Galerie Antoine Laurentin, Paris


Elie Borgrave


La galerie Laurentin présente du 15 novembre au 22 décembre une exposition rétrospective consacrée à Elie Borgrave (1905-1992).

Lorsque la galerie Laurentin expose Elie Borgrave, c’est également la modernité belge qu’elle met à l’honneur. Peu connu des Français, Elie Borgrave reflète pourtant très bien dans sa formation l’émulsion artistique internationale qui caractérise le XXème siècle. Initié à la peinture à Paris auprès de Georges Braque et de Pablo Picasso, il s’exile ensuite successivement au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Italie avant de retrouver sa Belgique natale, où il meurt en plasticien renommé.

L’exposition met en avant des œuvres de la période dite hollandaise d’Elie Borgrave, qui s’étend de 1962 à 1988. Maturité artistique oblige, nous découvrons un corpus franc qui fait la part belle à la couleur et à la matière. Elie Borgrave peint en série et en géométrie. Cercles, angles, parallèles et perpendiculaires rythment son vocabulaire. Les éléments se rencontrent au détour des incisions et autres stigmates qui peuplent le support.

La géométrisation des formes renvoie à l’influence de Paul Klee, que Borgrave rencontre en 1946. Elle témoigne également de l’importance grandissante de l’abstraction géométrique sur la scène internationale. Les larges aplats de couleurs mates ainsi que la touche épaisse de l’artiste investissent franchement le support, lui conférant de la sorte un caractère vivant qui vient dialoguer avec le regardeur.  

Regarder les tableaux abstraits d’Elie Borgrave équivaut à se perdre volontairement dans un labyrinthe parfaitement organisé, un jardin à la française déployé sur de la toile ou du carton. En effet, la composition ne laisse aucune place au hasard : chaque parcours est délimité et chaque forme strictement cernée par ses voisines. Rien ne bouge. Et pourtant, il se dégage de l’ensemble une impression de cheminement, de mouvement. Peut-être est-ce parce qu’à la fin de sa vie, Borgrave cherche à produire une peinture plus épurée et plus spirituelle…

La dernière huile sur toile de l’exposition, une œuvre sans titre réalisée en 1978, clôt justement notre parcours par l’évocation d’un chemin gris clair sur fond indigo et gris souris. Ce chemin zigzague sur la toile depuis l’angle supérieur gauche jusqu’à l’angle inférieur droit, comme une métaphore de notre progression dans la galerie. Il nous mène vers la sortie, vers le réel, vers le concret. En dehors de l’univers d’Elie Borgrave.

Texte : Marie-Amélie Muriel

Crédit visuel : Elie Borgrave, Sans titre, 1978, huile sur toile signée et datée en bas à droite, 90 x 110cm