Hervé Télémaque

Hervé Télémaque


Exposition du 25 février au 18 mai 2015
Centre Georges Pompidou, Paris

C’était en 1964. Les coupures de presse se paraient d’images choc témoignant des atrocités des guerres d’Algérie et du Vietnam à côté des publicités acidulées pour céréales et aspirateurs derniers cris.  Andy Warhol érigeait sa nouvelle icône Pop, une Marylin aux couleurs saturées déclinées à l’infini grâce à la sérigraphie pour revendiquer à sa manière «  la mort de l’image ».  Jackson Pollock préférait, quant à lui, extérioriser ses pulsions en projetant la peinture sur des toiles étendues à même le sol.

 En réaction à ces mouvements artistiques, et plus généralement face aux tensions de la scène internationale, émergeait une nouvelle figuration dans les murs du Musée d’art Moderne de Paris. L’exposition Mythologies quotidiennes présentée en juillet, dévoilait une peinture à l’impact visuel intense. Parmi les toiles présentées, celles d’Hervé Télémaque annoncent un vocabulaire pictural singulier. La matière picturale traitée en aplat et les formes aux cernes régulières procurent une force plastique à ses fameuses cannes blanches, ses slips et d’autres objets usuels récurrents composant son univers. Refusant le formalisme «  froid » des pop artistes et l’abstraction conduisant un jour au l’autre au décoratif, vidé de se substance, le langage de Télémaque se veut à portée critique, teintée de son histoire : un homme haïtien confronté à un monde souvent raciste, rejetant la différence au profit d’une uniformatisation de la culture.  

Il délaisse la peinture en 1968, le temps de quelques années pour créer des objets surréalistes assemblés au nom mystique de «  sculptures maigres  », avant d’y revenir dans les années 70. Ses toiles se réfèrent alors directement à des grands maîtres de la peinture comme autant de métaphores (ir)révérencieuses de leur personnalité, en témoigne L’oreille de Van Gogh réalisée en 1974.

 

Fusain et bois recouverts de marcs de café s’intègrent à ses créations dans les années 90 en prémices d’un retour aux sources africaines dans les années 2000.

Aujourd'hui, le Centre Pompidou lui consacre une belle rétrospective puisqu'elle présente 35 peintures, 11 collages, 9 dessins, 12 objets et 7 assemblages.

Texte : Anne-Laure Peressin

Crédit visuel : Célibataire un peu nègre et assez joyeux, 1965, Huile sur toile, 80 x 80 cm, Paris, Centre Pompidou, musée national d’art moderne, MNAM-CCI/Dist. RMN-GP

Photo: Philippe Migeat, Centre Pompidou

© Adagp, Paris 2015