Bouchra Khalili, The Mapping Journey Project

Bouchra Khalili, The Mapping Journey Project


Exposition du 22 juin au 24 août 2013
Centre d'Art Passerelle, Brest

Entre 2008 et 2011, Bouchra Khalili s’est consacrée à la réalisation de The Mapping Journey Project, qui se compose de huit vidéos, les Mapping Journey, et de huit sérigraphies, The Constellations. Ces projets visent à « cartographier » dans l’aire méditerranéenne des voyages clandestins, qui épousent ceux de l’artiste, de Marseille à Ramallah, de Bari à Rome, de Barcelone à Istanbul.

Le dispositif vidéo des Mapping Journey repose sur un plan fixe d’une grande frontalité où se révèle une "contre-géographie" fondée sur la parole et le geste. En faisant le récit de leur voyage et en le dessinant, des migrants confrontent leur parcours singulier à la normativité des cartes, révélant ainsi une autre cartographie, souterraine et invisible, qu’esquissent les trajectoires migratoires contemporaines.

Tournées en plan-séquence, chacune des vidéos s’attache à la confrontation entre un trajet singulier et la normativité de la cartographie. La grande frontalité du dispositif déploie ainsi la complexité d’un parcours alors même qu’elle s’exprime sur le support le plus schématique, dévoilant une “carte de la carte”, une carte à venir, dont les tracés sont à lire littéralement comme un récit.

Ce travail s’articule ainsi entre territoires et récits, trajets géographiques et dérives, pour donner à voir « la réalité radicale d’une situation économique et culturelle, sans qu’aucune possibilité de la fuir ne nous soit donnée. L’exil est ici la condition politique sine qua non de notre existence. » 

Les huit vidéos de la série forment ainsi un ensemble, qui dévoile une carte invisible, celle des routes clandestines en Méditerranée, une carte qui est aussi la traduction temporelle de ces récits, où l’existence se trouve en état de latence, irrémédiablement soumise à l’attente.

Mais la série est aussi une sorte de collection – au sens de la collecte – d’existences clandestines, inspiré par ce que Michel Foucault avait écrit à propos de La Vie des Hommes Infâmes, ces hommes qui vivent à la périphérie sociale, politique, territoriale, et qui sont un jour pris dans les filets de l’arbitraire du pouvoir. De ce point de vue, The Mapping Journey Project peut se lire comme une « anthologie d’existences, une « anthologie d’existences clandestines [dont] les vies singulières, (sont) devenues, par je ne sais quels hasards, d’étranges poèmes » .

La série The Constellations intervient comme l’ultime chapitre de ce travail qui s’est déroulé sur trois années, cinq pays, six villes, huit récits. Les sérigraphies traduisent chaque dessin sous forme de constellation d’étoiles, réactualisant ainsi la typologie des cartes du ciel. "Ce sont d’abord les navigateurs, les marins, qui ont eu recours à cette cartographie céleste imaginaire pour se repérer dans un espace littéralement sans point de repère : la mer", explique l’artiste.

En opérant ce déplacement, Bouchra Khalili efface les frontières au profit du seul trajet : une constellation nomade. La dimension poétique du projet se révèle ici dans sa globalité: les dessins, qui sont aussi témoignages, traces, gestes d’écriture, se muent en étoiles... en une constellation de trajectoires et d’existences.