Drawing Lab, Paris

Exposition du 20 mars 2018 au 16 juin 2018


Ce qui me traverse, Gaëlle Chotard


Le drawing lab présente les œuvres de Gaëlle Chotard du 20 mars au 16 juin 2018 dans une exposition intitulée Ce qui me traverse. 

Nous entrons dans le Drawing lab, comme nous entrerions dans une feuille blanche. Face à cette immensité immaculée, nous sommes minuscules, perdus dans un white cube sans repère spatial, d’où des lignes dessinées prennent vie. Comme sortant de fissures délicates, ces traits  tissent leur route en s’accaparant l’espace, en se projetant d’un angle à l’autre. A leurs sources, des corps curieux composés de brins métalliques, des corps d’aciers à l’apparence si fragile, des corps physiques pourtant si graphiques. A la lumière, ces maigres squelettes s’animent et scintillent en mille nuances de gris, inspirant des métaphores liquides. Leurs ombres se meuvent au fur et à mesure que nous avançons, donnant vie à ces êtres de métal. 

Lorsque notre œil se promène le long des lignes, il rencontre en chemin des petits nids de maille de fer, semblables à une mousse forestière. Au dessus de nos têtes, semblent jaillir des cheveux qui s’agitent au moindre mouvement d’air, ou une pluie suspendue entre ciel et terre. Les images sont nombreuses pour décrire l’œuvre, tant celle-ci est poétique. En réalité, il s’agit de cordes de pianos, qui donnent tout son sens au terme composition. Les tiges fusent comme des coups de crayon. En effet, les lignes métalliques évoquent le résultat de la mine de fusain, plus ou moins foncée, plus ou moins épaisse. La maille recouvre le corps de la structure, comme le ferait la couleur. Mais le dessin sort définitivement gagnant de la querelle des coloristes face aux partisans de la ligne. L’artiste réinvente le geste primaire de l’esquisse : un crayon sur un papier. Elle tire un trait sur la page blanche : le dessin tridimensionnel sculpte le vide. 

Pour cela, l’artiste explore les potentialités du matériau, de son volume, sa teinte, son reflet. En cela l’œuvre  rappelle la démarche des constructivistes russes. L’artiste construit l’espace, non dans une perspective fonctionnelle et concrète, mais, à dessein graphique et poétique. Bien que l’œuvre de Gaëlle Chotard fasse en quelque sorte architecture, elle nous emporte dans un univers métaphysique, qui élève le spectateur au dessus du visible. Les formes graphiques évoquent alors les formes pures platoniciennes de la pensée, prête à recevoir la matière du sensible. Le geste simple et pourtant universel de l’enfant qui crayonne sur sa feuille, transposé en trois dimensions, dans l’espace, nous transportent dans les idées abstraites de vide et d’infini. Gaëlle Chotard semble nous dire que le plus petit geste de création est déjà la porte ouverte à un univers illimité.

Texte : Elodie Réquillart

Crédit Visuel : Gaëlle Chotard, Sans titre, 2014, fil métalique, cordes a piano, 135 x 103 x 53,5 cm